Les micronations, pseudo-États non reconnus rassemblant une poignée de citoyens, connaissent un accroissement « exponentiel » sur fond de crise de la représentativité des partis et syndicats, analyse l’historien Bruno Fuligni. Pour cet essayiste auteur du livre « Royaumes d’aventure : ils ont fondé leur propre État » (Les Arènes, 2016), les motivations qui entourent ces initiatives sont très diverses.

Pymouss/CC-BY
Qu’est-ce qu’une micronation ?
C’est un État non reconnu qui repose sur un petit nombre de personnes mais peut très bien revendiquer un territoire immense : une partie de l’Antarctique, un astéroïde ou les grands fonds marins… On pourrait leur trouver des ancêtres dans ces États pirates créés d’abord dans les Antilles, ensuite à Madagascar. Leur nombre s’accroît de manière exponentielle. Dans un livre publié au début du XXe siècle, intitulé « Rois sans couronnes », il était question d’une vingtaine d’États autoproclamés, de gouvernements en exil ou de formes politiques un peu étranges. En 2016, on avait dépassé la barre des 400.
Quel est l’intérêt d’une telle initiative ?
La micronation, c’est l’État que l’on choisit, contrairement à l’État où l’on naît. C’est pour cela qu’elles ont le vent en poupe, en lien avec la crise que connaissent les syndicats, les partis politiques… Beaucoup de ceux qui aujourd’hui s’engagent dans une micronation auraient adhéré, il y a vingt ou trente ans, à un mouvement politique. Avec la micronation, il y a l’idée qu’on peut transformer les choses localement, délimiter un territoire, même symboliquement, où l’on sera entendu et où l’on aura des moyens d’action.
Certains se construisent une vie alternative, voire une revanche sur la vie, et sont parfois un peu âpres ; d’autres ont une approche plus poétique, plus distanciée, plus philosophique. […] La création d’un pseudo-État ou d’une micronation peut avoir des effets économiques importants, comme en France la République du Saugeais (Jura), la principauté de Hutt River en Australie… À Seborga (Italie), ça a vraiment sauvé l’économie locale. C’était un petit village qui vivait de la floriculture, en train de s’étioler, et pendant pas mal d’années, ça a fait venir du monde.
Comment réagissent les États existants ?
Certaines micronations jouent avec habileté sur le côté folklorique et sont tolérées par les autorités locales. Mais les États reconnus font bien attention que les micronations ne puissent pas s’installer pour devenir des interlocuteurs. C’est pour ça qu’elles se consolent en établissant des relations diplomatiques entre elles.