La Principauté des Baobabs

La Principauté des Baobabs

ADANSONIA DIGITATA : À la recherche des plus vieux baobabs d’Afrique du Sud

Le Baobab est un symbole fort en Afrique, à la fois de force, de résistance, de mystère et d’éternité. En choisissant “La Principauté des Baobabs” comme nom, la micronation agro-écologique, basée au Togo (Afrique de l’ouest) se réfère à toutes ces qualités. Elle a choisi, de relayer sur son site, de temps en temps, quelques articles marquant sur l’adansonia digitata. D’ailleurs, la monnaie de La Principauté s’appelle “le digitata” et son institut de formation agricole, “Adansonia”. Bonne lecture. Un texte de Matt Sterne.

Oui, les arbres magiques existent. Le photojournaliste Matt Sterne vous invite ainsi à découvrir Muri Kungulwa, un titanesque baoab d’Afrique du Sud.

Au terme de mon second jour de voyage, je découvre Muri Kungulwa, qui signifie « l’arbre qui hurle » en bantou, langue parlée à Venda. L’arbre semble composé de six spécimens massifs soudés les uns aux autres. Je me trouve devant le plus grand baobab vivant au monde, deux fois plus grand que tous les autres de la région. Mais pour les gens d’ici, cela n’a rien d’extraordinaire. Aussi, peu de panneaux indiquent l’emplacement de ce colosse au bout d’une piste sablonneuse reliant deux villages au fin fond de l’Afrique du Sud.

Matt Sterne est un journaliste voyageur, passionné de la nature

L’une des branches de Muri Kungulwa s’abaisse jusqu’au sol, telle une main divine donnant accès à son monde aérien. Son léger lustre marque le passage des hommes qui, depuis le Moyen Âge, se hissent à son sommet. L’écorce évoque une lave millénaire façonnée par le soleil africain. Ses 46 m de circonférence, en font (après un cyprès au Mexique) le deuxième arbre le plus corpulent au monde. Pas moins de vingt personnes sont nécessaires pour le ceinturer.

Comme les grandes étendues d’eau, sa présence apaise. Je l’entoure, le touche et y grimpe, m’éloigne pour mieux le voir, puis je m’approche pour sentir son écorce cireuse et admirer ses entrailles caverneuses, où vit la plus grande colonie de martinets d’Ussher de la planète. Une colonie de trois cents individus alors que celle-ci compte généralement vingt oiseaux. Le vacarme assourdissant de la colonie à la tombée du jour est à l’origine du nom de l’arbre.

Le baobab symbolise l’Afrique bien plus que le lion, l’éléphant ou l’aigle pêcheur. Les plus célèbres d’entre-eux ont même droit à des funérailles.

Mon voyage est une quête pour découvrir les plus beaux baobabs de ce pays. L’idée a germé lorsque j’ai appris que les plus vieux d’entre eux étaient menacés. Des publications à travers le monde ont annoncé leur possible disparition provoquant, au passage, la stupéfaction parmi les scientifiques. À l’origine de l’alerte, l’étude menée par le professeur roumain, Adrian Patrut, a permis d’analyser, à l’aide de datations au radiocarbone, plus de soixante baobabs parmi les plus grands et les plus anciens d’Afrique, afin de comprendre comment ces arbres ont pu atteindre une telle taille. À sa grande surprise, son équipe constate que, depuis 2005, neuf des treize baobabs les plus anciens et cinq des six plus grands étaient morts ou s’étaient partiellement effondrés. Il s’agit notamment d’arbres célèbres comme Sunland – connu pour abriter un pub – Grootboom – un géant de Namibie – et Chapman au Botswana. Le changement climatique est d’ores et déjà désigné probable coupable et la panique s’est emparée de tous les amoureux des arbres de la planète. Si les plus grands baobabs étaient amenés à disparaître, il me semble important d’en découvrir la cause.

Les baobabs symbolisent l’Afrique bien plus que le lion, l’éléphant ou l’aigle pêcheur, un statut qu’il doit avant tout à sa résilience : le baobab prospère là où d’autres plantes se fanent et meurent. L’âge incroyable que cet emblème de la savane africaine atteint en fait un objet de mysticisme, de superstitions et un moyen de communication avec les ancêtres. En Afrique de l’Ouest, les plus vénérés d’entre eux ont même droit à des funérailles.

Ma première étape m’amène à une ferme de luzerne dans la province du Limpopo : c’est là que se trouve le célèbre baobab Glencoe. La datation au carbone lui attribue un âge d’environ 1844 ans, ce qui en fait le plus vieux baobab connu au monde. Sa circonférence atteint 47m avant de se fendre à deux reprises en 2009 et de s’effondrer complètement en 2017, mais il est toujours en vie. Désormais, ses contours évoquent de loin un bosquet. Un panneau descriptif situé à proximité explique : « Ce magnifique arbre étendu au sol tel un vieux lutin griffu et déformé a la circonférence d’un géant, et la peau d’un rhinocéros. »

Le King of Garatjeke trône dans un tout autre cadre. Surplombant le village poussiéreux de Maekgwe, ce baobab feuillu fait fonction d’agora pour la communauté locale. Sous ses branches protectrices, de jeunes hommes jouent aux dés et des chèvres broutent l’herbe. Comme tant de baobabs en Afrique, le King of Garatjeke fait office de mairie. Mais ces arbres servent aussi de prisons, de bureaux de poste, d’armurerie, de chambres froides ou de cabanes.

À Louis Trichardt, je rencontre la Doctoresse Sarah Venter, spécialiste de l’écologie des baobabs et propriétaire d’une entreprise exploitant une récolte durable des fruits, avec qui j’aborde la situation critique des vieux arbres. « Seuls quatre d’entre eux sont effectivement morts, affirme-t-elle. D’autres se sont effondrés, mais cela n’a rien d’anormal, et n’interrompt en rien leur croissance, laquelle peut se prolonger pendant des centaines d’années. L’article que vous avez lu est un tantinet alarmiste et beaucoup de médias en ont une interprétation erronée. Je ne suis pas inquiète pour nos vénérables spécimens. » Ces arbres ne manquent pas de résilience face à la difficulté. « Lorsque les conditions sont réunies, après de fortes pluies ou une baisse de visiteurs liée à une épidémie d’anthrax, les arbres s’entendent pour pousser, poursuit Sarah Venter. On parle de recrutement épisodique; c’est ce qui explique que les baobabs d’une même zone tendent à avoir des tailles similaires.»

Il est temps de reprendre la route, car ma liste des géants de la savane à découvrir est encore longue. En chemin, une question me taraude cependant : combien de baobabs de cette génération atteindront la taille de leurs aînés ? Mais la réponse est hors de portée, quelque part dans le futur.

Matt Sterne, Source : www.redbull.com

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