La Principauté des Baobabs

La Principauté des Baobabs

INTERVIEW DE Dr Cécile MOUAHA : « Au-delà du traitement du glaucome, des dispositions réduisent le risque»

Le glaucome. Une maladie oculaire de plus en plus répandue en Afrique et d’autant plus pernicieuse qu’elle est, comme l’avoue Dr MOUAHA, “silencieuse”. Non seulement, elle affecte la vie déjà rude en Afrique, elle contribue, par le handicap visuel qu’elle impose à ses victimes, à la précarisation sociale des populations.  Pis, elle est, généralement détectée tardivement sur le continent rendant l’accès  aux soins limités, l’hygiène de vie et d’autres facteurs tels que les facteurs génétiques, exposent le continent noir un peu plus que le reste du monde. Une ophtalmologiste  décortique la maladie. Ses caractéristiques, ses menaces, son traitement, ses symptômes et nous livre, en guise de conseils quelques astuces. Cécile Mouaha est une jeune ophtalmologiste qui s’attarde sur la question du glaucome. Formée à la Faculté de Médecine et des Sciences Biomédicales de l’Université Yaoundé 1 au Cameroun, en tant que médecin généraliste et ophtalmologiste, cette trentenaire est reconnue sur le continent qu’elle parcourt pour bouter cette pathologie hors d’Afrique, via sensibilisation et dépistage. C’est aussi une femme généreuse et altruiste que nous avons rencontrée. Elle répond avec une fine précision, une éloquente maitrise et un charmant point du détail.

 

Bonjour Docteure, vous avez déjà répondu sans doute trop souvent à cette question mais nous la reposons, qu’est-ce que le glaucome ?

 Le glaucome est une affection qui touche et détruit progressivement le nerf optique. Elément essentiel pour la vision, ce dernier joue le rôle de canal ou de cordon reliant l’œil au cerveau, permettant ainsi la transmission des informations visuelles. Malheureusement, si le nerf optique est complètement détruit, la perte de la vision est irréversible, car ce tissu nerveux est irremplaçable. Le terme “glaucome” regroupe en réalité plusieurs types de maladies. Parmi elles, le glaucome primitif à angle ouvert est le plus agressif chez le mélanoderme. Cette pathologie peut survenir à tout âge, affectant aussi bien les enfants que les adultes. Certains enfants naissent même avec un glaucome, on parlera de glaucome congénital.

Quels sont les principaux signes symptomatiques de la maladie ?

Le glaucome primitif à angle ouvert est une maladie sournoise qui évolue de manière silencieuse. En effet, il est souvent découvert de façon fortuite, lors d’une consultation de routine ou d’une campagne de dépistage. Contrairement à d’autres maladies, il ne provoque ni douleurs ni maux de tête, ce qui rend son identification difficile sans un examen spécialisé. Si le glaucome n’est pas détecté et pris en charge précocement, la perte de la vue centripète peut survenir brutalement pour les stades terminaux.

Il y-a-t-il une explication au fait que le glaucome soit plus sévère chez les sujets noirs ?

Le glaucome primitif à angle ouvert, plus sévère chez les sujets mélanodermes, est un constat bien documenté dans de nombreuses études menées à travers le monde, comparant les populations à peau claire (leucoderme) et à peau foncée (mélanoderme). Plusieurs facteurs sont mis en avant pour expliquer cette prévalence accrue : la pression intra oculaire élevée, à l’âge de plus de 40 ans, les facteurs de risque cardiovasculaires, des conditions telles que l’hypertension artérielle et le diabète augmentent le risque de glaucome. Anatomie spécifique des différences dans la structure anatomique de l’œil pourrait jouer un rôle notamment l’épaisseur cornéenne, la myopie. Il y a aussi des facteurs environnementaux et hygiène de vie : ces éléments peuvent influencer l’apparition ou l’aggravation de la maladie. Un problème majeur dans notre contexte est le dépistage tardif. Beaucoup de personnes ne connaissent pas cette maladie et n’ont pas pour habitude de consulter un ophtalmologiste régulièrement. En conséquence, les patients arrivent souvent à un stade avancé, ce qui limite les possibilités de ralentir la progression de la maladie. Or, si le glaucome est détecté tôt, il est possible, grâce à un traitement approprié, de freiner son évolution et de préserver la vision. Le principal risque du glaucome est la cécité, qui survient lorsque la maladie n’est pas prise en charge à temps.

Le glaucome peut-il survenir à tout moment de la vie ou a-t-il un âge minimum à partir duquel on est exposé ?

Le glaucome primitif à angle ouvert affecte surtout les personnes de plus de 40 ans, particulièrement celles exposées à des facteurs de risque cardiovasculaires, comme l’hypertension, le diabète ou encore l’apnée du sommeil. Deux principales théories expliquent son développement : la théorie mécanique : elle met en cause une augmentation de la pression intraoculaire, qui endommage progressivement le nerf optique. Puis la théorie ischémique : elle implique une réduction de la circulation sanguine au niveau de nerf optique, influencée par les facteurs de risque cardiovasculaires. En résumé, la sévérité du glaucome chez les sujets noirs est multifactorielle et résulte d’une combinaison de facteurs biologiques, environnementaux et comportementaux. Une meilleure sensibilisation et des dépistages réguliers pourraient considérablement améliorer la prise en charge de cette maladie.

Si on détecte la maladie à temps et qu’on se soumet aux traitements chroniques, peut-on garder ses yeux jusqu’à la fin de sa vie, même quand on vieillit ?

Oui il est possible de conservé une vision avec l’âge avancé pour Les stades débutants et modérés donc cela dépend du stade de découverte de la maladie au moment du diagnostic et de la compliance au traitement du patient. Le traitement du glaucome repose sur plusieurs modalités thérapeutiques. Il existe un traitement médicamenteux, principalement sous forme de collyres, qui permet de réduire la pression intraoculaire. Le traitement physique, utilisant des lasers, est adapté en fonction du type de glaucome. Enfin, le traitement chirurgical est envisagé lorsque les autres approches ne parviennent pas à contrôler efficacement la maladie.

A part le traitement, pensez-vous que d’autres facteurs aggraveraient cette maladie ? Notamment l’usage des écrans, un travail qui se fiat sur ordinateur, etc…. ?

En ce qui concerne l’exposition aux écrans, elle n’est pas considérée comme un facteur de risque pour le glaucome. Cependant, un rythme de travail intense et une mauvaise qualité de sommeil peuvent indirectement influencer la gestion de la maladie. En effet, un sommeil perturbé ou un non-respect des horaires de prise des traitements peut réduire leur efficacité.

Le patient qui est sous traitement, doit-il avoir des habitudes particulières en termes d’alimentation ou d’autres activités ?

Concernant les habitudes alimentaires, le suivi du glaucome doit être personnalisé en fonction des facteurs de risque spécifiques à chaque patient. Une hygiène de vie saine est essentielle, incluant des activités physiques régulières et une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes. Pour les patients présentant des facteurs de risque particuliers, le médecin pourra recommander, le moment venu, de réduire ou d’arrêter le tabac, de limiter la consommation d’aliments gras et d’améliorer la qualité du sommeil. En somme, la prise en charge du glaucome repose sur une approche globale, combinant traitement médical, mode de vie adapté et suivi régulier pour optimiser les résultats et ralentir l’évolution de la maladie.

Généralement, quand on soupçonne un glaucome, il y a une batterie d’examens. N’y-a-t-il pas un examen précis à faire tout de suite ? Pour éviter de trainer et surtout de faire des examens superflus sur on continent où les populations ont si peu de revenus ?

Lorsqu’un traitement contre le glaucome est suspendu, il est nécessaire de réaliser une série d’examens. Cependant, ces examens ne sont généralement pas prescrits en une seule fois. Leur nature et leur fréquence dépendent du stade auquel la maladie a été détectée. Chaque examen joue un rôle spécifique dans le diagnostic ou le suivi de la maladie. Certains ne sont effectués qu’une seule fois, tandis que d’autres doivent être répétés régulièrement dans le cadre du suivi médical. Ces examens, définis par des consensus internationaux, sont indispensables pour confirmer la présence du glaucome. Ils permettent d’éviter tout risque de traitement injustifié ou inapproprié.

Quels conseils précieux donneriez-vus aux glaucomateux ?

Pour les patients atteints de glaucome, il serait bénéfique de créer des groupes d’entraide et de partage d’expériences. Ces groupes permettraient aux nouveaux patients de mieux comprendre la maladie, de ne pas la prendre à la légère et de réaliser qu’elle n’est pas une fatalité. De nombreuses personnes parviennent à vivre avec le glaucome en suivant un traitement adapté et en adoptant une bonne hygiène de vie. Étant donné que le glaucome possède une composante héréditaire, il est vivement conseillé aux patients d’en parler à leur entourage, en particulier au sein de leur famille. Cela contribue à éveiller les consciences et favorise un dépistage précoce, essentiel pour une meilleure prise en charge. En cas d’incompréhension concernant le traitement ou les examens, il est primordial de se rapprocher de son médecin. Celui-ci doit être disponible et à l’écoute pour répondre aux questions et accompagner le patient tout au long de sa prise en charge.

 

MAX-SAVI Carmel

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *