La Principauté des Baobabs

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TOGO : Les riziculteurs de Djagblé ont tout perdu

La sécheresse a donné son dernier coup fatal aux riziculteurs impuissants dont certains préfèrent prendre la fuite et d’autres, tenter une reconversion rapide avant qu’il ne soit trop tard. A Djagblé, une trentaine de kilomètre de Lomé, c’est la peur que la filière toute entière s’écroule.

Sur place, le constat est alarmant. Les producteurs pensaient vivre un conte de fée, difficile à imaginer ou à concevoir que tant de mois d’efforts, d’investissements, d’énergie partent en fumée sans qu’ils n’y aient la moindre force de changer la donne. La sécheresse, plus sévère que jamais, a anéanti des mois de travail et d’investissement, sans laisser de répit aux riziculteurs. Sur le site, le désespoir des riziculteurs est palpable, la colère gronde en silence. Certaines parcelles, pourtant aménagées pour accueillir le riz, restent vides faute de repiquage, tandis que d’autres montrent des signes évidents de souffrance. Des plants arrachés à cause d’une croissance insuffisante et des espaces où les graines devraient se former, mais restent stériles.

Décourageante catastrophe

Nombre de producteurs découragés par la catastrophe, ont même cessé de venir sur le site, incapables de faire face à cette réalité désolante. La première saison de production de riz tourne simplement au cauchemar. Les plants, bien que parvenus au stade de production, sont incapables de porter des graines faute d’eau. Le tableau est complètement sombre pour les riziculteurs qui ne savent plus à quel saint se vouer face aux dettes contractées en début de campagne. “J’ai un hectare de riz complément perdu. Nous avons l’impression que nous allons fuir Djagblé, parce que nous avons des dettes de l’année dernière que nous traînons dans le dos et aujourd’hui nous voilà encore coincer, malheureusement par cette situation de manque de pluie qui a mis en mal la production de riz sur le site“, confie un producteur déboussolé. “C’est la mort car nous ne pourrons rien prendre de la première saison de production de riz sur nos sites de production“, ajoute-t-il.

Chute vertigineuse du niveau d’eau

A noter aussi que l’eau a diminué dans la retenue d’eau installée sur le site. Sur le périmètre, les champs de riz peine à se développer, le sol est vraiment sec, l’investissement fait jusqu’ici est en train de partir sous le regard plein de larmes des producteurs qui n’ont aucune force à cet instant pour une solution rapide. “Certains même ont pris sur eux de ne plus venir sur le site au risque de voir la catastrophe qui pourrait leur faire piquer une crise. La situation pour nous ici est alarmante. La première saison qui était censée finir en ce mois de septembre, ne sera plus possible car c’est un cauchemar pour plusieurs“, partagent d’autres producteurs. “Aurions-nous les moyens pour la deuxième saison au cas où les pluies venaient, la question reste poser sachant que l’investissement pour cette campagne reste une dette amère à supporter“, ajoutent-ils.

Revenus en chute libre

Ils témoignent que sur un hectare, les dépenses s’élèveraient à plus de à 600 mille, et au regard de la situation, il serait illusoire d’espérer obtenir un quelconque rendement. “Tout cet argent, c’est auprès des bonnes dames que nous sommes allés prendre un peu un peu jusqu’à rassembler une somme conséquente pour se lancer. Que dire à nos créancières face à la situation ?“, questionnent –ils sans réponse évidente. Ils reconnaissent que l’absence de pluies est la principale cause de cette situation parce que sur ce périmètre, la production est essentiellement pluviale, ce qui expose les producteurs à des situations inattendues comme cette de cette année, où les pluies dans la région maritime (sud Togo) se sont arrêtées depuis fin juin. Or, la production du riz demande assez d’investissement qu’on le veuille ou pas et surtout assez d’eau. D’après certaines estimations, pour finir la production sur un hectare, il faut être prêt à investir jusqu’à 900 mille F.CFA.

La météo annonce un rattrapage

Actuellement, c’est le manque de pluie qui a mis le périmètre dans cette situation. Notre retenue d’eau est complètement ensablée et n’a plus sa capacité de rétention d’eau, mais aussi il faut véritablement trouver des solutions pour remédier à ces genres de situation, sinon nous allons fuir le périmètre“, lance Ganyo Achangbon, président de l’Union cantonale des producteurs du périmètre de Djagblé. Pour les saisons prochaines, il plaide pour qu’un aménagement soit fait de la retenue d’eau afin de lui donner une bonne capacité de rétention. “Nous suggérons la possibilité de nous créer un forage ou château d’eau à partir de cette retenue comme à Agoméglozou. Et quand il y aura absence de pluie comme ce qui s’observe cette année, on tire l’eau du château pour verser dans le grand canal de distribution d’eau pour les riziculteurs et alimenter les champs. Si cela était fait ici, on ne serait pas dans cette situation“, confie M. Achangbon armé de foi que son appel sera entendu par les pouvoirs publics.

La situation actuelle des producteurs de Djagblé met en lumière la vulnérabilité des systèmes agricoles face aux changements climatiques, et souligne l’urgence de mettre en place des stratégies durables pour les systèmes agricoles. Et l’irrigation reste l’une des options à envisager, surtout pour les grands sites de production agricole du pays. Mais heureusement, pour septembre, octobre et novembre, la météo annonce de grandes pluies. Suffiront-elles pour remonter la pente ?

Agridigitale.tg, avec quelques ajustements de www.laprincipautedesbaobabs.com

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