La création d’un Ministère en charge des Ressources Animales, Halieutiques et de la réglementation de la transhumance est une vision profonde du Chef de l’État, et assurément un désir de faire développer la filière et surtout de lutter contre le terrorisme via une meilleure réglementation de la transhumance.
Par Dr Bitsha-Kitime Dieudoné
Création d’une Direction des Services Vétérinaires
La création de ce ministère en charge de l’Elevage va avec la réorganisation des Directions Centrales dudit Ministère. Une des innovations majeures serait la création d’une Direction en Charge des Services Vétérinaires. Actuellement, une Direction de l’Elevage existe et en charge des services vétérinaires avec un organigramme bien structuré. Comme la si bien noté aussi le Rapport d’Évaluation PVS de 2019, un problème de chaine de commandement directe se pose entre les services vétérinaires centraux et locales. Au niveau régional, les services vétérinaires sont gérés par des directions régionales qui étaient des représentants directs du Ministère de tutelle mais avec un lien hiérarchique avec le Secrétaire Général dudit ministère. Ce qui peut poser un problème de fluidité dans la circulation des informations. Une Direction des Services Vétérinaire, tout en gardant la Direction de l’Elevage, permettra ainsi de s’occuper de la Santé Animale, de la Réglementation et de l’Information Zoosanitaire, de l’Hygiène et de la Sécurité Sanitaire des Aliments, de la Pharmacie et des Médicaments Vétérinaires. Cette Direction comme dans la quasi-totalité des pays de l’espace CEDEAO (Burkina, Mali, Niger, Sénégal, Côte d’Ivoire etc.) avec des représentants au niveau national qui ont des liens hiérarchiques directs avec la Direction des Services Vétérinaires.
Un fort appui pour la transhumance
Selon le Projet d’Appui à l’Employabilité et l’Insertion des Jeunes dans les Secteurs Porteurs (PAEIJ-SP), la transhumance aurait rapporté plus de 650 millions FCFA aux communes des Plateaux par exemple. Ainsi, l’effort devrait se poursuivre dans l’aménagement des couloirs de transhumance pour éviter les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs, l’équipement des postes de contrôle, et la dynamisation des comités locaux de gestion de la transhumance dans les préfectures. En outre, à long terme, il serait important de penser à un projet national de traçabilité satellitaire des animaux. L’exemple type a été présenté lors d’un des congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature tenue en 2021. Ce projet a permis de pouvoir observer les animaux sauvages. Ce projet de suivi satellitaire permettra notamment de suivre le trajet de ces animaux à l’intérieur du pays qui souvent cherchent des ressources (pâturages et points d’eau) et causent des dégâts dans les champs, prendre s’il le faut des actions protectrices pour le cheptel national, voire fournir des données très importantes à l’armée dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Renforcement de l’effectif des Docteurs Vétérinaires
L’encadrement technique de l’élevage et même de la pêche fait appel à une main d’œuvre qualifiée qui comprend des agents vétérinaires notamment les Docteurs Vétérinaires dont une bonne partie est formée à l’Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires de Dakar au Sénégal. Un projet d’insertion et d’accompagnement de cette élite avec définition des modalités des moyens d’intégration pourrait être un moyen d’éviter la fuite des cerveaux vers les pays occidentaux entre autres surtout avec le déficit remarqué de vétérinaires dans le pays.
Booster la Production locale
La production locale peut être boostée en continuant à faire la promotion de l’intensification des systèmes d’élevage. Il faut pour ce faire développer un environnement favorable pour soutenir, motiver et renforcer les capacités en vue d’une transition vers une production plus intensive et la gestion des facteurs externes. Cet environnement implique une maitrise de l’alimentation animale qui est une des contraintes majeures de l’élevage, l’appui au développement des animaux à cycle court assez rentable, l’amélioration de l’accès aux marchés, les services et la production de valeur ajoutée et rendre compétitive la filière. Enfin penser à protéger la production locale, comme l’a fait la Côte d’Ivoire et le Sénégal. En effet en 2005, la Côte d’Ivoire a intégré dans la loi de finances une mesure transitoire. La taxe sur le poulet importé, passe de 300 F CFA à 1 000 F CFA par kilogramme, réduisant significativement sa compétitivité. Les effets sont immédiats. De 8.306 tonnes en 2006, la production locale passe à près de 20.000 tonnes en 2009.
Au Sénégal, en 2005, le pays a fermé ses portes aux importations de volailles pour se prémunir de l’épidémie de grippe aviaire. Cette mesure temporaire a servi d’alibi et a été maintenue jusqu’à présent et a permis à l’aviculture locale de se développer très rapidement.
Dr Bitsha-Kitime Dieudoné KABKIA, Docteur Vétérinaire, Maitre-Assistant du CAMES, Enseignant Chercheur à l’Ecole Inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires de Dakar